17 mars 2017

Portrait viennois #1 - Amélie


La rubrique Portrait viennois part à la rencontre d'expatriés habitant à Vienne.

Depuis mon arrivée à Vienne, j'ai eu envie de partir rencontrer des expatriés, français ou non, installés récemment ou de longue date dans la ville, toujours dans l'optique de dresser un autre portrait de Vienne et puis, pourquoi pas, de percer quelques secrets d'expatriation qui pourraient être utiles. J'ai longtemps attendu avant de mettre ce projet sur pied, ne connaissant de prime abord pas grand-monde sur place. Il était important pour moi que ces échanges se fassent avec des personnes que j'avais déjà rencontrées et fréquentais un minimum ! Il s'est donc vite imposé comme une évidence que la première d'entre elles ne pourrait être qu'Amélie, l'une des premières personnes que j'ai rencontrées à mon arrivée à Vienne. Merci encore à elle d'avoir accepté avec gentillesse de subir mon interrogatoire !

Crédit photo : Amélie Pommier

Si tu devais te présenter en quelques mots : Je m'appelle Amélie, j'ai 28 ans, j'ai fait des études d'histoire de l'art et d'archéologie jusqu'à un master de recherche. J'ai longtemps enseigné le français et désormais je travaille dans une institution viennoise, la Volkshochschule, un institut pensé pour l'éducation dans le quartier, pour trouver des cours qui nous conviennent (aussi bien sport que de la cuisine, de la philosophie ou bien de la musique) à côté de chez soi et à des prix abordables.

Vienne côté expat :

Ton installation à Vienne : Je suis arrivée en octobre 2011 dans l'idée d'apprendre l'allemand. Je venais de terminer mon master et depuis l'adolescence j'avais cette idée d'apprendre l'allemand. Après un séjour Erasmus en Angleterre et vu les difficultés que j'ai rencontrées à me débrouiller en anglais et atteindre un niveau convenable, je me suis dit que pour l'allemand, il faudrait que je parte dans un pays germanophone. Et donc pourquoi Vienne ? J'ai trouvé ici un travail, c'était mon premier vœu : j’ai travaillé en tant qu'assistante de langue, dans des collèges/lycées.

Pourquoi Vienne ?  Je ne saurais pas vraiment dire. J'étais venue en Autriche quand j'avais 15, 16 ans je crois, pendant une semaine avec mes parents, mais on avait passé que deux, trois jours à Vienne. J'avais aimé mais je ne me souviens pas avoir été si marquée. Mais quelque part je l'ai sûrement été quand même.

Être français à Vienne, avantage ou inconvénient ? Je pense que c'est vraiment un avantage. Il y a toujours cette image de la personne cultivée, donc on attend de vous un peu un certain niveau culturel. On trouve toujours les gens très sympathiques, il y a vraiment une image très positive des Français. Les seules critiques qu'on peut avoir sont sur Paris, Paris pour eux c'est un cauchemar. En plus en Autriche, beaucoup d'Autrichiens ont appris le français à l'école, avec un très bon niveau, surtout si on compare à la France. On peut rapidement se retrouver à avoir une conversation en français, ce qui est très agréable. Beaucoup aussi sont déjà allés en France. Quand on parle allemand, l'accent les fait rêver, je le remarque au travail. Parfois quand les gens viennent me voir et qu'ils sont tristes, ou pas forcément très contents, l'accent les réveille un peu. On le voit vraiment tout de suite. Du coup on nous rappelle toujours qu'on est français mais ce sont toujours des expériences sympathiques. Après c'est vrai, comme il y a eu les attentats, parfois les gens vous demandent si c'est dangereux ou vous disent qu'ils ont annulé un voyage à Paris parce qu'ils ont peur. Personnellement, je trouve toujours que c'est une situation un peu délicate mais je ne pense pas que ça soit propre à l'Autriche. C'est devenu quelque chose d'important dans les conversations depuis Charlie Hebdo.

Le plus gros défi d'adaptation : Pour moi ça a été de rencontrer des gens. C'est souvent ce que les gens disent de Vienne, que les gens sont assez froids au départ, mais je pense que c'est aussi parce que je n'étais plus étudiante. Il faut plus se faire violence pour rencontrer des gens, ça prend du temps. Ça m'a un peu frustrée au début. Il faut vraiment plus aller de l'avant, les gens viennent moins vers vous que quand vous êtes étudiant, ou par rapport à d'autres pays. C'est moins bien vu de commencer à discuter avec quelqu'un, dans un bar ou dans les transports, qu'en France. Du coup, rapidement on arrête de se lancer. En tout cas c'est que ce que j'ai vu pour moi.

Un tic des Viennois qui t'interpelle : Par exemple le truc tout bête que j'ai commencé à faire ici, c'est d'enlever mes chaussures quand j'arrive chez quelqu'un. Dans ma famille on n'avait pas cette habitude, pareil quand j'habitais en Angleterre. Mais maintenant je le fais aussi. Au début ça me surprenait, mais maintenant je trouve ça très bien et je le fais à chaque fois.

Une habitude que tu leur as piquée : Alors il y a quelque chose, et j'ai du mal maintenant en France quand je vais dans un restaurant ou dans un bar, c'est quelque chose que je remarque vraiment, encore plus si c'est un établissement d'un certain standing : c'est où accrocher son manteau. À Vienne, il y a toujours un endroit où tu mets ton manteau, tu ne te poses pas la question si on te le volera. Par exemple, pour l'anniversaire de ma mère, on est allés dans un restaurant plutôt chic et on avait nos manteaux sur les chaises. C'est quelque chose qui m'a marquée du coup.

vienne café prückel

Un conseil à donner à quelqu'un qui voudrait s'expatrier ? Ce serait de « pousser les portes », pour chercher à connaître les gens. Ça dépend aussi de son propre parcours, mais également se lancer dans l'apprentissage de l'allemand. Je dirai ça pour tout pays, mais je pense que c'est comme ça qu'on s'intègre le mieux. Mais pour l'Autriche particulièrement, vraiment pousser des portes pour chercher à développer des activités ou rencontrer des gens.

Une anecdote viennoise ? Ce qui me marque souvent c'est de rencontrer des gens qui ont des amis avec moi en commun, mais dans des situations complètement inattendues. Je viens de la campagne, j'habite à Vienne que depuis 5 ans, et je n'ai pas l'impression de connaître tant de gens que ça et pourtant ça m'arrive assez souvent. Et ce, même avant que je travaille dans mon entreprise, où là je rencontre vraiment beaucoup de personnes. Par exemple une de mes collègues quand j'étais assistante, une professeur de sport, qui me demande si je peux donner des cours particuliers à sa fille pour la préparer au concours de l'académie diplomatique, et il se trouve que je connaissais l'un de ses meilleurs amis.

Si tu devais définir les Viennois en trois mots : intransigeants (c'est une impression que l'on a de l'extérieur en tout cas), ouverts et organisés.

Vienne côté tourisme :

Ta première fois à Vienne : C'était avec mes parents, j'avais 15/16 ans, on avait dû y passer deux jours. Puis j'étais revenue quand j'étais étudiante avec des amis, on avait fait un petit tour d'Europe, on était aussi restés deux jours. Et après quand je suis venue m'installer.

Une adresse où tu as tes habitudes : Le marché à côté de chez moi, le Brunnenmarkt, je vais toujours aux mêmes stands, le premier à droite en venant de Thaliastrasse. C'est vraiment pour moi une habitude, on discute toujours, maintenant je connais les gens qui tiennent le stand.

vienne brunnenmarkt

Un lieu où on peut te retrouver facilement : Mon club de sport, le Holmes Place, j'y ai rencontré des gens, j'aime beaucoup y aller, c'est très sympathique. Ça m'a permis de me faire de très bons amis. J'y vais au moins deux fois par semaine.

La chose touristique à éviter selon toi : Je pense être très curieuse, donc même si ça me plaît moins ou si je suis un peu déçue, je n'irai pas jusqu'à dire que ça ne vaut pas le coup. Par exemple je pense au pavillon de de la Sécession, moi j'adore mais à part la frise, il n'y a pas grand-chose à voir. Donc les gens vraiment passionnés, je leur recommande mais sinon, ce n'est pas un endroit où j'emmènerais n'importe qui. Sinon peut-être la Café Sacher, j'y suis allée deux fois et je ne pense pas que j'y retournerai, on sent vraiment qu'on est pressés, c'est très touristique.

Ta journée parfaite viennoise : Pour moi ce serait réussir à aller tôt au travail (7 h) pour pouvoir partir à 15 h, au plus tard 16 h, et avoir le temps d'aller faire une ou deux boutiques spécifiques (comme dans le 1er arrondissement où j'ai rarement le temps d'aller) et puis ensuite aller à une nocturne de musée. Puis de finir dans un restaurant de cuisine traditionnelle. Et encore après, pour terminer la soirée, un petit bar à vin sympa.

Une expression typiquement viennoise : Alors il y a quelque chose que je trouve drôle, c'est de dire « Mahlzeit » quand tu arrives, pas forcément pour dire bon appétit, mais si tu arrives au travail à midi, c'est ce que tu dis pour dire bonjour.

Si tu devais définir Vienne en trois mots : grandiose, taille humaine et agréable.

4 commentaires :

  1. Très bonne idée ce concept de portraits d'expatriés. Pour ceux qui pensent à partir (en Autriche mais certaines expériences valent pour tous les pays) c'est sympa d'avoir des retours divers. Bravo L. !

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    1. Ça m'avait manqué quand je cherchais des infos alors je remédie au problème moi-même. En espérant que ça en aide d'autres !

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  2. Super chouette cette nouvelle rubrique ! Je trouve ça méga chouette de partir à la rencontre d'autres expatriés, et de découvrir de nouveaux blogs par la même occasion ! xx

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    1. C'est un concept qui me plaît bien aussi, d'autant les expatriés en Autriche ont assez peu la parole. C'est l'occasion !

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